Amérique du Sud

Le Venezuela, Chavez, Bolivar et la Révolution bolivarienne

Depuis le début des années 2000, le Venezuela est entré dans une phase de transformations sociales appelée révolution bolivarienne. Tirant un pied de nez aux Etats-Unis, Hugo Chavez a mis en place un processus censé amené à un Etat socialiste. Durant 15 jours, j’ai eu la chance de visiter ce pays que Christophe Colomb a nommé la terre de grâce en le découvrant. Mon séjour entrait dans le cadre, des voyages de solidarité organisés chaque année par la JC dans de nombreux pays.

SIMON BOLIVAR

Bolivar

Le titre de révolution bolivarienne provient du nom du libertador Simon bolivar. Cet homme est l’équivalent en amerique latine de José Marti à Cuba. Outre Hugo Chavez, Bolivar est aussi connu pour avoir influencé le Che Guevara.

Il naît aux alentours des années 1780 à Caracas au Venezuela. Rien ne le prédestinait à devenir une figure révolutionnaire, il était issu de haute bourgeoisie colonisatrice européenne. Pourtant suite au décès de ses parents il quitte l’Amérique pour l’Espagne ou il rejoint un oncle. Il voyage beaucoup notamment en France ou il côtoie, les idées des lumières et la révolution. Il prend alors conscience de la nécessité de l’indépendance de l’Amérique Latine face aux colons.

En 1810, on proclame la 1ère République du Venezuela, mais celle-ci est très vite en danger Bolivar s’engage alors dans l’armée républicaine aux cotés du général Miranda. En 1812, le triomphe des colonisateurs le contraint à l’exil.

Durant cette période il réfléchi à l’échec de la démocratie et constate que c’est la faute de la désunion des républicains. Il acquiert la certitude que pour réussir il faut lutter contre les inégalités et que cela doit passer par la justice sociale et l’abolition de l’esclavage. Il développe aussi des idées de Pan américanisme, pour lui le continent doit former un seul et même pays du Mexique jusqu’au Cap horn.

En 1819, à sa troisième tentative la république s’impose au Venezuela, ainsi que chez ses voisins au point que Bolivar devient le 1er président de la grande Colombie, qui regroupe l’Equateur, le Panama, la Colombie, Le Venezuela et l’actuelle Bolivie. (le pays n’existait pas encore il a été nommé ainsi en son honneur)

Aux alentours des années 1825 1830, il se retire de la scène politique après l’échec de ces projets, ces idées étaient probablement beaucoup trop en avance sur son temps.

MATERIALISATION DE LA REVOLUTION BOLIVARIENNE

révolution

Hugo Chavez est élu en décembre 1999, peu après son élection, il fait voter par voie référendaire une nouvelle constitution portant des exigences de développement social et mettant ainsi fin à des décennies de libéralisme à outrance à la botte des Etats Unis.

Le premier grand chantier a consisté à nationaliser la PVDSA, la grande entreprise de pétrole dont le peuple ne voyait pas la couleur.

Aujourd’hui le peuple vénézuélien possède les plus grosses réserves mondiales, et l’or noir est à la base du fonctionnement du processus bolivarien.

Outre la PVDSA, cette constitution a permis de transférer plus de pouvoir au peuple par le biais des conseils communaux.

Les conseils communaux c’est l’essence même de la démocratie participative. Un conseil c’est environ 200 familles qui vont choisir leurs élus parmi les habitants pour 2 ans, les mandats sont donnés de manière impérative.

Chaque conseil va établir un projet ; effectuer des travaux dans les canalisations, les égouts l’école du quartier…, le porte au gouvernement qui si il est accepté le subventionnera par le biais de la banque communale, financée par l’argent du pétrole.

Le conseil va ensuite gérer son budget et solliciter les personnes sans emploi par exemple, pour réaliser le projet. Il existe des instances de contrôle gouvernemental pour s’assurer de la bonne marche du système.

Les conseils communaux sont un système parallèle, le but est à terme de mettre fin au fonctionnement en Mairie, territoires… qui est un mode capitaliste hérité de la colonisation et qui déresponsabilise la population. D’ailleurs, les conseils communaux sont totalement indépendants des conseils municipaux, tenus principalement par les descendants des colons.

Aux conseils communaux il faut associer, les chaînes de télés et radios communautaires.

Pendant longtemps les médias étaient tenus uniquement par la droite libéral et toute les radios alternatives oeuvraient dans la pure clandestinité.

En 2002, suite au coup d’Etat et à la propagande anti chaviste comme on a pu la trouver sur radio Caracas (voir plus loin), Chavez a permis à chaque conseil de se doter de sa chaîne ou de sa radio. Les habitants produisent l’intégralité des programmes de manière bénévole, des fonctionnaires s’occupent de la gestion.

Aujourd’hui si la droite possède toujours les grandes chaînes audiovisuelles, une voix s’élève…

Outre les conseils communaux, la révolution bolivarienne se matérialise par le biais de missions. En voici quelques unes :

Mission Sucre et Robinson :

Le but est l’alphabétisation respectivement des enfants et des adultes.

Mission Science

Ici les habitants apprennent à utiliser les ordinateurs, il faut savoir que l’outil informatique est encore un luxe pour la majorité de la population et comme partout sa maîtrise est nécessaire à l’obtention d’un emploi.

Mission soupe populaire

Des repas subventionnés sont servis contre un Euro environ à la population. C’est une aubaine les vénézueliens souffrent de mal nutrition.

Institut national de la femme

L’arrivée de Chavez au pouvoir a permis de grandes avancées dans la condition féminine.

Depuis 1999, une série de loi ont été promulguées :

Loi sur l’égalité homme femme,

Loi contre la violence faite aux femmes, la violence conjugale est un phénomène très répandu d’ailleurs, de nombreux nouveaux nés souffrent de malformations à cause de cela.

Loi pour la parité électorale,

2001, la pilule du lendemain est autorisée, malgré les contestations de la puissante église catholique, l’avortement est toujours interdit.

Là aussi il existe une banque financée par le pétrole qui permet non seulement d’offrir un salaire pour les femmes aux foyers et de gérer la situation des femmes battues.

Pour cela une ligne téléphonique a été mise en place ainsi qu’un dispositif d’assistance et d’accueil. Des femmes sont aussi chargées de porte à porte dans les quartiers pour détecter les situations d’urgence dans les foyers.

Cet institut a permis de responsabiliser les femmes elles sont aujourd’hui sur active dans les conseils communaux (il manque d’hommes pour respecter la parité électorale !!!) et aussi dans les mouvements syndicaux.

Mission Barrio adentro (à l’intérieur du quartier)

Durant les années 90, le système de santé vénézuelien a été privatisé. De ce fait, les hôpitaux publics sont rares et souvent bondés. Pour la seule ville de Caracas, par exemple il en existe un seul.

Cette mission a permis de développer des dispensaires dans chaque quartier, ou l’on trouve des médecins généralistes, des kinés, des dentistes. Les femmes peuvent ainsi être suivi de manière plus efficiente durant leurs grossesses.

Le fonctionnement est basé grâce à la coopération avec Cuba. Le Venezuela envoie du pétrole dans l’île, en échange Cuba lui fait partager ce qu’elle a de meilleur : son système de santé.

La coopération ne s’arrête pas là, les médecins cubains forment les étudiants en médecine vénézuéliens et dans la mission de deuxième génération « Barrio adentro », ces mêmes étudiants soignent seuls les patients.

Mission Che Guevara

Tout le monde ne peut pas vivre du pétrole, de même afin d’éviter les erreurs du système soviétique il faut à tout prix éviter l’assistanat.

Pour cela cette mission est en charge d’une part, de former dès 16 ans des jeunes qui ont la vocation de l’entreprise afin de devenir des entrepreneurs socialistes.

D’autre part, les entreprises de développement endogène entre dans ce cadre. Il s’agit d’entreprise privées du domaine agricole ou piscicole, qui reçoivent des subventions de l’Etat et vont ainsi faire partager leur savoir technique, pour permettre par exemple aux petits pêcheurs de construire leur propre embarcation.

CHAVEZ ET L’AVENIR DE LA REVOLUTION

Chavez

Pour comprendre le processus bolivarien, il convient de revenir sur le parcours politique de Chavez.

Chavez est élue en Décembre 1999, à une large majorité. Il tient son élection grâce à la soixantaine de partis de gauche qu’il a réussi à unir sous sa candidature, au manque de crédibilité de ses adversaires et à la notoriété qu’il a acquis lors des 2 coups d’Etat ratés qu’il avait tenté.

Avant le Venezuela était tenu principalement par deux grands partis qui s’alternaient au gouvernement. Des sociaux démocrates et des conservateurs chrétiens qui oeuvraient sous la bienveillance nord américaine.

Chavez portait une candidature pleine de promesses à un moment ou le Venezuela en réclamait après le départ du président sortant Perez, qui n’a pas terminé son mandat pour cause de corruption.

Jusqu’en 2002 hormis les nationalisations, les avancées promises ne se font pas sentir, l’opposition va alors en profiter pour se renforcer et tenter le putch.

Diverses forces vont lancer la rébellion, le patronat tenu par les colons, les ouvriers de la CGT qui ont toujours été ralliés au parti social démocrates et se sont lassés des promesses présidentielles, les cadres supérieures de la PVDSA, et l’Eglise totalement anti chaviste après que ce dernier est mis fin au financement de l’Etat. Dans la nuit du 11 au 12 Avril 2002, ils vont s’emparer du palais Miraflores, dissoudre le gouvernement et annuler l’ensemble des réformes.

Les chaînes de télévision ont tu l’évènement et continuaient à diffuser leurs séries télévisées. D’autres, tel Radio Caracas ont encouragé la population a renverser le pouvoir. Ce sont des radios clandestines qui ont informées, et les jeunes se sont communiqués l’information par sms.

Grâce à l’armée, dont Chavez tient la fidélité de son grade de commandant et aux manifestants, il revient au pouvoir le 12 Avril.

A son retour, c’est là que commencent toutes les réformes sociales et la mise en place de missions.

Ces faits nous amènent à nous interroger sur les motivations d’Hugo Chavez, son envie de voir les vénézueliens heureux ne se résume pas uniquement à de l’altruisme mais clairement un moyen de pérenniser sa place au pouvoir.

Bien qu’Hugo Chavez soit un personnage omniprésent au Venezuela, chaque mur possède sa photo, le Venezuela est bien loin d’être une dictature.

La plupart des opposants n’ont pas de véritables arguments face à lui. Ils utilisent celui du manque de démocratie, de libertés… Pourtant dans le fond si ils sont contre lui, leurs motivations sont uniquement financières. Par exemple, l’église catholique est contre Chavez car il a mis fin à leurs subventions de l’Etat.

Quand aux libertés de la presse, dont on dénonce souvent le manque, c’est plutôt l’inverse, les grands médias sont tenus par la droite, seules les radios et les télés communautaires soutiennent Chavez. Le scandale de Radio Caracas à laquelle Chavez a interdit de diffuser ne semble pas être une entrave à la liberté de la presse. En France, pour bien moins que cela si une radio avait osé lancer des slogans pour encourager la population a renverser le gouvernement en place, elle aurait subi le même sort.

Un des grands problèmes reste tout de même le culte de la personnalité autour de Chavez. Il est en affiche de partout et les messages sur les murs heurtent parfois nos consciences d’européens. Après tout, nous aussi nous sommes exposés à ce genre de message lorsque nous sommes confrontés à des publicités sur tel produit qui sont censés nous rendre plus productifs, plus beaux, plus forts… Le souci est que ces messages émanent d’une unique source. La supercherie est poussée au point ou il anime une émission dominicale « allo presidente »ou il dialogue avec la population et où parfois des célébrités lui rendent visite.

Chavez est omniprésent à un point ou tout le processus révolutionnaire dépend de lui. Il n’est pas rare de voir écrit sur les murs, « avec Chavez tout, sans Chavez rien »

Au sein de l’union présidentielle, le parti communiste qui est le plus important des 60 partis qui la constitue, est conscient que Chavez n’est pas franchement socialiste, ni de gauche mais il compose avec lui car c’est un moyen de pouvoir faire passer leurs programmes, il faut savoir que les missions et les conseils communaux sont l’initiative du PCV. Aujourd’hui, il s’interroge grandement sur l’avenir de la révolution car si Chavez ne peut pas être réélu la prorogation du processus est en danger. De plus d’autres éléments, tel que la création du PSUV mettent en danger l’union présidentielle. Le PSUV est le parti que Chavez a créé pour rassembler les 60 partis de la majorité présidentielle. Le PCV a refusé d’y entrer estimant que créer un parti sans vrai projet de société et avec comme fin la performance électorale, est sans intérêts. De plus, il n’est pas rare de constater sur les tables de rue du conseil national électoral (conseil chargé d’inscrire sur les listes ceux qui ne le sont pas), des membres du PSUV qui sont là « pour faire des cartes ».

Le plus gros danger de la révolution, c’est le rejet de la constitution qui a eu lieu au mois de décembre 2007. Les vénézuéliens ont dit non à 50.6%. Le programme était d’un coté très négatif, car il permettait à Hugo Chavez de se présenter à la présidentielle de manière indéfinie, or il faut sortir de ce culte de la personnalité. Mais d’un autre coté, la constitution permettait au Venezuela d’accéder au socialisme. Tout d’abord, cette constitution aurait permise au gouvernement de nationaliser les entreprises de gaz, ainsi que de limiter la propriété privée (dans un pays ou 80% des richesses sont détenues par 20% de la population, la donne allait être changée). Enfin, surtout 3 points importants allaient ouvrir la voie du socialisme : la reconnaissance de la propriété sociale, des conseils communaux et de l’armée populaire. Il faut savoir que les conseils communaux n’ont pas d’existence légale réelle, les conseils municipaux priment encore. Quand à l’armée populaire, c’est l’instrument qui permettra à chacun de défendre la révolution, face à l’armée traditionnelle souvent à la botte du grand capital.

L’ALBA

alba

L’alba c’est l’aube en espagnol. Le but est de créer une zone économique à l’opposé du MERCOSUR qui est une union économique capitaliste créée de toute pièce par les Etats-Unis.

Le début de l’Alba remonte aux accords entre Cuba et le Venezuela, concernant les médecins et le pétrole. On a vu naître des accords ou coopèrent deux pays et sur des bases autres que l’argent.

En 2006, l’élection d’Evo Moralès en Bolivie a conduit le pays à rejoindre Cuba et le Venezuela. En 2007, c’est au tour du Nicaragua d’Ortega. Aujourd’hui, Haïti et l’Equateur sont sur le point de les rejoindre. D’autres gouvernements progressistes ont choisi de poursuivre une politique néolibérale, mais sont très proches de l’Alba, c’est le cas du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay.

Ce virage à gauche du cône latin n’est pas un hasard. L’Amérique Latine a longtemps été le lieu d’un libéralisme à outrance, même aux Etats-Unis, il n’a pas été aussi poussé. Deux évènements vont changer la donne, tout d’abord la chute des dictatures contrôlées par le voisin nord américain. Ensuite, le capitalisme succombant de ces propres maux, durant la décennie 90, pour la première fois, des pays en voie de développement ont été touché par la crise économique.

Les classes moyennes se sont paupérisées et cette nouvelle classe de malheureux a vite compris que leur unique chance était de sortir du libéralisme.

Aujourd’hui, l’Alba c’est créer une nouvelle force dans un monde divisé entre la chine montante, l’Europe et les Etats-Unis. C’est donner une place à l’Amérique Latine qui lui soit propre après la colonisation et l’impérialisme états-unien.

L’Alba, c’est créer un espace économique de libre échange basé sur la coopération et la solidarité entre les peuples. L’Alba, c’est tout simplement réussir là ou l’URSS a échoué.

La chance de l’Alba, c’est le Venezuela, car c’est un pays fort, riche, mais il est dramatique qu’un si beau projet soit en péril à cause du culte de la personnalité sur la tête d’un homme.

Aujourd’hui on ne peut pas considérer, le Venezuela comme un pays socialiste et au terme de révolution bolivarienne, il est préférable utiliser celui de processus révolutionnaire.

Il y a encore tellement de pauvres, de personnes qui dorment dans les rues, et la société de consommation est omniprésente.

Pour son avenir et celui de l’Alba il est indispensable, que le pays sorte de Chavez. Cette mission revient probablement au PCV qui doit amener le peuple à ne plus croire en un homme mais en des idées.

Vanessa.