La Révolution d’octobre 1917

I. Introduction.
II. Premier Acte : la Révolution de février 1917.
III. Second Acte :”les dix jours qui ébranlèrent le monde”.
IV. Troisième Acte : le rétablissement de l’ordre.
V. Conclusion : que reste-il de la Révolution d’octobre ?

Introduction

La révolution bolchevik est un événement majeur de l’histoire contemporaine. Le contexte révolutionnaire de la Russie tsariste vient de loin. Après des révoltes paysannes séculaires, l’abolition du servage est votée en 1861. Le servage est aboli parce que le système capitaliste se développe. La Russie a besoin du salariat et cette loi ne s’est pas traduit par une évolution du niveau de vie.

La Russie tsariste est un système autocratique extrêmement autoritaire. Le peuple subit une misère noire ouvrière et paysanne. Dans ce contexte, il se développe une opposition grandissante des intellectuels formés par deux courants :

Les nihilistes (anarchistes)

Les marxistes

Les nihilistes sont partisans du coup d’éclat. Ils prônent le terrorisme politique. Le frère aîné de Lénine, Alexandre Illitch Oulianov, appartient au groupe nihiliste Narodnaya Volya (la voix du peuple). Il sera pendu pour activités terroristes le 8 mai 1887. Cet événement va convaincre Lénine qu’il faut passer par « un autre chemin ». Ce chemin sera celui du Marxisme.

Durant la période de 1905 à 1906, peu après la défaite militaire de l’armée Russe pendant la guerre Russo-japonaise, une première révolution éclate. L’opposition au gouvernement tsariste s’organise. Cette opposition regroupe dans un même mouvement les socialistes et les libéraux.

Tout au long de cette période, des assemblées de délégués d’ouvriers (Soviets) s’organisent. Le 27 juin 1905 se déroula la mutinerie du cuirassé du Potemkine. En 1905, la Russie est alors « grosse d’une Révolution ». Cette révolution est une « répétition générale » (Trotsky). Cette Révolution est vaincue mais elle aboutie à l’amorce d’une vie politique en Russie notamment avec l’autorisation des partis politiques et des syndicats ainsi qu’à la constitution de la Douma (Assemblée). Cependant, si les libéraux sont satisfaits de ce système, il n’en est pas de même pour les socialistes et les ouvriers. L’événement déclencheur de la Révolution de 1917 est la Première Guerre Mondial.

En 1914, le Tsar Nicolas II, l’aristocratie et une partie des industriels se lancent dans une nouvelle aventure militaire. En juin 1916, la Russie dénombre déjà 2,5 millions de morts et 4,5 millions de blessés. Ce désastre humain accroît le mécontentement préexistant au sein des troupes et de la population. La majorité des soldats de l’armée Russe viennent de la campagne. Eloignés des traditions de leurs villages, ils sont alors plus réceptifs aux revendications socialistes car le seul parti socialiste qui respecta les engagements pour la Paix pris au Congrès de Bâle est le parti socialiste Russe.

Afin de répondre à cette opposition, Nicolas II renforce son régime en devenant plus autoritaire. Il crée dés lors le contexte révolutionnaire qui aboutira à la Révolution Bolchevik. Personne y compris Lénine ne se doute que la première révolution marxiste aura lieu dans un pays arriéré et sous développé tel que la Russie.

Premier Acte : La Révolution de Février 1917

En mars 1917 dans le calendrier orthodoxe, des manifestations à Petrograd, Moscou et Saint Petersbourg se déroulent contre la guerre et pour une amélioration du niveau de vie. Très vite, ces manifestations se transforment en émeutes. Les manifestants n’hésitent plus à se battre contre la police tsariste.

A la suite de ce mouvement, Nicolas II est forcé d’abdiquer. Cependant, le gouvernement mis en place continu la guerre et refuse l’occupation par les paysans des terres dominicales. Ce gouvernement est composé entre autres de socialistes « révolutionnaires » pratiquant une politique de droite.

Afin de lutter contre la politique de ce gouvernement, les bolcheviks (50 000) vont utiliser toutes les nouvelles libertés. Lénine revient de son exil en Suisse et change d’avis en voyant le contexte révolutionnaire de la Russie. A son arrivée en avril, les bolcheviks proposent une République des Soviets, de députés ouvriers, journaliers agricoles sur l’ensemble du territoire : Une République de bas en haut.

En mai, de nouvelles manifestations s’organisent contre la guerre et la misère. Le 7 mai 1917 se tient la conférence pan-russe du Parti Bolchevik. Lors de cette conférence, le Parti Bolchevik précise son programme :

Confiscation des grandes propriétés au profit des comités de paysans

Abolition de toutes formes d’oppression nationale et d’inégalité sociale.

Le 16 juin s’organise le Congrès pan-russe des Soviets. Les délégués bolcheviks représentent un sixième de l’assemblée. Autrement dit, il y a 105 bolcheviks pour 503 socialistes révolutionnaires et menchiviks. Lors de ce Congrès, Lénine expose un programme correspondant aux revendications populaires. Il informe également que les bolcheviks sont prêts à assumer les responsabilités du pouvoir. Cette affirmation est accueillie par des éclats de rire au sein de l’assemblée socialiste.

Le 20 juin, Kerensky (socialiste « révolutionnaire) devient ministre de la guerre. Il ordonne une offensive militaire qui se révèle être un véritable échec. De nouvelles manifestations contre la guerre s’organisent. Le Parti Bolchevik considère que le moment de déclencher une nouvelle révolution n’est pas encore venu. Le gouvernement réprime les manifestations et interdit le Parti Bolchevik. Lénine est de nouveau exilé. Il part pour la Finlande où il écrit « L’Etat et la Révolution ».

Le 20 juillet, Kerinsky devient le chef du gouvernement russe. Le VIe Congrès du Parti Bolcheviks s’organise dans l’illégalité. Le Parti Bolchevik comprend désormais 240 000 adhérents. Au cours de ce congrès, Léon Trotsky est admis au Parti Bolchevik. Ce congrès fixe les objectifs de l’insurrection :

Mettre fin à la guerre

Confiscation des grands domaines et nationalisation de la terre

Nationalisation des banques et des grandes industries

Contrôle ouvrier sur la production et la répartition des richesses

En août, Kerinsky se montre ouvertement anti-bolchevik. A la fin du mois d’août, Korlinov mène un soulèvement aristocrate au sein de l’armée afin d’écraser le jeune régime, les bolcheviks et les organisations ouvrières. Le gouvernement de Kerensky est incapable de protéger le nouveau régime. Les bolcheviks organisent alors la défense du régime et s’opposent victorieusement au putsh de Korlinov. En septembre, les bolcheviks obtiennent la majorité aux Soviets de Petrograd et de Moscou.

Le 23 octobre, Lénine revient clandestinement en Russie. Le Comité Central (CC) du Parti Bolchevik décide de l’insurrection armée et envoie des représentant en mission à travers tout le pays. Un Comité Révolutionnaire est créé à Petrograd et les gardes rouges sont organisés.

Kerinsky concentre des troupes afin d’empêcher l’insurrection. Le 24 octobre, il interdit les journaux bolcheviks. Ce premier acte de la Révolution Russe de mars à octobre à gagner tout le pays et à permis aux bolcheviks, en s’appuyant sur les revendications populaires, d’accroître le nombre d’adhérents au Parti Bolchevik et également d’augmenter leur influence. Les autres factions socialistes ont dans leur quasi-totalité refusée de prendre ces exigences en compte et surtout de mettre fin à la guerre. Cette rupture au sein de la gauche sera lourde de conséquence. La Révolution de Février a repris l’idée des Soviets inventés en 1905 et a lancé le projet d’une « inspection ouvrière et paysanne » mais les socialistes n’ont pas souhaité aller plus loin dans les réformes révolutionnaires.

Second Acte : « Les dix jours qui ébranlèrent le monde »

La Révolution d’octobre 1917 (novembre) s’est déroulée très rapidement. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, l’insurrection est victorieuse. Les bolcheviks renverse le gouvernement en une nuit. Kerensky s’enfuit au Etats Unis où il mourra en 1970 à New York. Le nouveau gouvernement entame une série de décret dés le lendemain de l’insurrection :

Le 8 novembre, le décret sur la terre abolit la propriété mais pas celle des paysans qui se sont emparés de leurs terres. De plus, ce décret fait passer les entreprises industrielles sous le contrôle des ouvriers.

Le 15 novembre, le décret sur les nationalités accorde l’égalité et la souveraineté des peuples de Russie, le libre développement des minorités nationales et des groupes ethniques.

Le 26 novembre débutent les premières négociations de paix. Malgré des conditions allemandes extrêmement dures, les bolcheviks parviennent à imposer la paix le 3 mars 1918.

Troisième Acte : Le Rétablissement de l’ordre

A la suite de la révolution d’octobre, le pays est en pleine anarchie. Les soldats ne souhaitent plus se battre et les ouvriers refusent de travailler. Cette anarchie est due au sous développement de la Russie et à la faiblesse numérique des bolcheviks au sein de la population. Ils représentent moins de 1% de la population. Il n’y a qu’une poignée de cadres révolutionnaires capables de diriger le pays.

L’ordre doit être rétabli en droit avec la Constitution de 1918. Cette constitution prévoit un Congrès pan-russe des Soviets élus au suffrage restreint, c’est-à-dire les rentiers, les prêtes, les ennemis du régime y sont exclus, et inégale c’est-à-dire ils élisent cinq représentants des villes pour un représentant des campagnes. Cette inégalité est due au retard des mentalités dans les campagnes par rapport aux villes. Ce Congrès nomme également le Comité Central Exécutif et le Conseil des Commissaires du Peuple autrement dit le gouvernement.

L’ordre doit être établi de fait. En juillet 1918, les socialistes révolutionnaires fomentent un putsh. Il sera réprimé. Ce même mois, la famille impériale emprisonnée à Lekaterisnbourg est exécutée dans des conditions vagues.

En août 1918, un attentat est effectué contre Lénine par une socialiste révolutionnaire. Cet attentat aggrava considérablement sa santé. Les problèmes s’accumulent et les riches paysans refusent la réquisition des terres. En parallèle, les blancs (les aristocrates) soutenu par les occidentaux attaquent le nouveau régime en différents points de la Russie. Dans ce contexte de guerre civile et afin de combattre les ennemis de la révolution, les bolcheviks créent la Tcheka (police politique) que sèma la terreur pas uniquement contre les ennemis du régime. Boukharine dénoncera avec d’autres camarades de Conseil du Commissaire au Peuple la défiance de cette police. La même année, l’Armée Rouge sera organisée par Léon Trotsky, commissaire à la guerre, afin de se battre contre les armées blanches.

Cette guerre civile dura 2 ans (1918-1920). Elle fit 7 million de mort sur les champs de bataille, par famine, épidémie ou condamnation. Cette guerre se solde par la victoire des révolutionnaire mais le pays est exsangue ; marqué par un sous-développement économique et culturel important.

Ce régime naissant est caractérisé par une négligence certaine de la démocratie. Compte tenu des circonstances, un gouvernement d’exception était nécessaire. On peut dire que la Russie a le choix entre deux régimes d’exception :

Soit un régime d’exception pour aller vers un Etat défendant les intérêts de la majorité (Lénine).

Soit un régime dans la continuité du passé, c’est-à-dire, une dictature pure et simple (Staline).

Le régime né de la révolution s’achève en 1922 ou en 1924 avec la mort de Lénine.

Parallèlement à l’action des bolcheviks et de Lénine, le rôle de Staline apparaît. Staline est membre du Parti Bolcheviks. Il ne possède pas la même formation que ses autres camarades. Il est marqué par le passé de la Russie en plus de ces caractéristiques propres (paranoïaque, mégalomane…). Il s’entoure d’une « bande de gens dévoués » et il accède au poste de secrétaire général du Parti Bolchevick. Ce poste est alors un poste secondaire. Il le transformera en poste principal. Lénine est le premier à se rendre compte du danger que représente Staline mais il est déjà gravement malade.

De 1922 à 1924, Staline met en place un régime certes « socialiste » car il se préoccupe beaucoup des questions sociales mais ce régime est autoritaire, nationaliste, impériale même. Ce régime a joué un rôle modernisateur en Russie. Il a joué un rôle contre le fascisme mais il a mis fin au Parti Bolcheviks, il a poussé très loin dans la terreur avec des purges politiques organisées. Durant lesquels, Staline a tué les compagnons de Lénine.

Le XXèmeCongrès a mis fin à ses aspects les plus noirs mais pour l’essentiel, il s’est poursuivi. Ce n’est pas un régime socialiste, dans la définition stricte du terme, qui s’est effondré. En devenant de plus en plus autoritaire, le régime de Staline a abandonné sa force modernisatrice et ce régime s’est effondré.

Que reste-t-il de la révolution d’Octobre ?

Il reste le projet des soviets et le contrôle ouvrier et paysan :

« Il faut que la ménagère soit capable de diriger l’Etat » Autrement dit, le peuple doit être formé afin qu’il puisse réfléchir par lui-même.

« Le communiste, c’est le soviet et l’électricité », c’est-à-dire, les affaires publiques doivent être données au peuple.

La Révolution d’Octobre est le premier événement dans l’histoire de l’humanité qui a réussi et qui ce se soit pas terminée rapidement comme la Commune. C’est bien la preuve que « lorsqu’une idée s’empare des masses, elle devient une force matérielle. ».

La Révolution Russe est une extraordinaire leçon de courage, d’efficacité politique et d’organisation. Cependant, il faut mesurer les conséquences de la négligence, de l’impossibilité et surtout des raccourcis dont Staline est le principal responsable de la mise en place de démocratie dans un pays sous développé économiquement et culturellement.

Il est intéressant de remarquer qu’aujourd’hui le régime de Poutine est en fait la continuation, en une version allégée, de la Russie de Staline. Les russes ne parlent plus de la Révolution d’Octobre mais il y a beaucoup de nostalgique de la période stalinienne.

Formation JC Vitry.