Le Socialisme ?

Intervention de Vanessa Pecel sur le socialisme au Banquet 2011 de la JC

INTRODUCTION

L’an passé à la même occasion nous avions tenu un débat sur les 90 ans d’histoire du PCF. Ce fût un débat très enrichissant qui a vraiment marqué tous les esprits. Cette année, suite à la réintroduction du socialisme dans les textes de la JC au mois d’Avril 2010, nous avons choisi d’aborder ce thème. Cette notion a été réintégrée suite à un vote acquis avec une large majorité. On compte beaucoup de critiques qui ont dit que nous avions voté une définition sans vraiment savoir ce qu’il y a derrière, les plus extrémistes ont carrément raconté que l’on s’enfonçait dans la dérive stalinienne. Il est vrai que ce thème demande d’être éclairci, car il n’est limpide pour personne aujourd’hui. Toutefois, les raisons qui ont poussé ce congrès de Gennevilliers à voter pour le socialisme sont autres. Il faut y comprendre l’urgence sociale que connait notre génération dont la situation conduit à se radicaliser, mais pas seulement. Ce congrès a été préparé et les jeunes présents étaient politisés. De ce fait, tout militant à peu près formé est à même de se rendre compte à quel point le manque de projet politique fait défaut dans nos organisations communistes. La “visée communiste” est sans formes, sans odeurs, et sans couleurs. Nous avons besoin de savoir où l’on va, et pour quelle société on se bat pour avancer.

Ainsi, j’ai découpé mon intervention en 3 parties. Tout d’abord, une brève analyse de la société capitaliste. Je ne pense pas m’attarder dessus car il suffit de sortir de chez vous pour produire cette analyse et constater toutes les injustices. Ensuite, je vais tenter de faire un bilan succinct des expériences socialistes passées ou présentes. Cela fait cruellement défaut à notre organisation de ne pas avoir de bilan serein et équilibré des expériences passées. Si le “globalement positif ” me semble inapproprié, le “totalement négatif” de certains de nos dirigeants communistes ne me plait guère mieux. Enfin, on regardera ou est on du socialisme aujourd’hui. Les travaux de nos économistes sur le socialisme sont aujourd’hui au point mort depuis le début de la mutation au milieu des années 90. Cela est bien dommage car le PCF s’était donné beaucoup de mal pour faire des recherches et définir un socialisme à la française, respectant la culture et les traditions politiques de notre pays.

A) ANALYSE DU CAPITALISME, AUJOURD’HUI

Tout le monde sait faire le bilan du capitalisme et lister les inégalités qu’il génère : la moitié de l’humanité vit avec moins de 1 dollar par jour, 850 millions d’êtres humains sont analphabètes, 325 millions d’enfants dans le monde ne vont pas à l’école,… et face à cela une minorité d’individus s’accaparent les richesses et vivent dans l’opulence.

Le capitalisme est un système économique mutable et adaptable. Dès son ère industrielle, Marx en a parfaitement dépeint les caractéristiques :

il s’agit d’un système qui ne connait que l’intérêt, qui agît au niveau mondial et qui va là ou il trouve les conditions de rentabilité maximale.

Le capitalisme est aussi un système politique qui a d’ailleurs au début été perçu comme une avancée. Il a permis de renverser le féodalisme. On considère souvent d’ailleurs que la révolution bourgeoise de 1789 est la date de prise du pouvoir du capitalisme en France, alors que la révolution industrielle avait débuté depuis plus de 40 ans. Cette victoire a été aussi combinée par un avènement idéologique : les philosophes des lumières ont porté très haut la propriété privée comme un droit suprême. C’est ce droit qui est aujourd’hui poussé à l’extrême qui fait que la société est divisée en 2 sphères. D’un coté, le politique avec les élections, et de l’autre l’économique, qui est une sphère réservée aux détenteurs des moyens de production, ceux qui ont le droit suprême d’exploiter.

Le capitalisme vit donc très bien en démocratie, car lorsqu’il y a trop de mécontentements du fait de l’exploitation de la sphère économique, on provoque des élections. Elles redonnent l’impression aux individus qu’ils comptent.

Cette analyse est valable que l’on se situe en période de capitalisme industriel comme financier. Elle conduit aussi à analyser les rapports entre les individus dans la société, la fameuse lutte des classes. Bien sur, les classes ne sont plus exactement conformes à celles dépeintes en son temps par Marx, elles ont évolué du fait de la mutabilité du capitalisme et sont plus difficiles à distinguer. Nous traversons une crise sans précédent et cette dépression a gommé plus que jamais l’illusion de l’existence d’une classe moyenne. Le capitalisme brouille les pistes, on ne peut résolument dire qui appartient au prolétariat ou à la bourgeoisie. Après tout un PDG qui touche des stocks options et un parachute doré est un salarié, à l’inverse le propriétaire d’une PME-PMI redirige en moyenne le chiffre d’affaire d’une semaine de travail par mois vers les banques qui ont le droit de vie ou de mort sur son entreprise… Toutefois, on voit que 90% de la population vend sa force de travail pour obtenir un revenu auprès des 10% restants qui fondent leur fortune sur cette exploitation. On voit donc toujours se dessiner une société binaire. La lutte des classes n’est pas enterrée comme le voudraient certains. Certes, les choses ne sont pas aussi simples que pouvait l’espérer Marx. Les conditions de vie objectives des individus (chômage, exploitation de la terre et des hommes, manque d’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau potable…) ne conduisent pas irrémédiablement les hommes à la révolte, puis à la révolution. Il existe des phénomènes sociétaux fruits de l’invention capitaliste qui permettent de faire barrage à l’inévitable insurrection : la société de consommation, la montée de l’individualisme, le recul de la conscience de classe… Toutefois, on voit bien que le capitalisme n’est pas la fin de l’Histoire et qu’il faut trouver une alternative.

B) RETOUR SUR LES EXPERIENCES DIVERSES DE SOCIALISME.

On oublie souvent que l’idée de créer une société sans classe est très ancienne, elle a existé bien avant Marx. Si Marx n’est pas l’inventeur de la lutte des classes, il demeure l’auteur qui fit le plus avancer la réflexion anticapitaliste. Il est certain que si son analyse des mécanismes du capital et de l’exploitation de la force de travail est si brillante, c’est parce qu’il a été largement inspiré par la Commune de Paris (18/03/1871 au 28/05/1871) . On ne mesure pas à quel point la Commune a influencé la conception moderne du socialisme. Ce fut la première expérience à grande échelle d’une société égalitaire et d’une démocratie participative. Jusqu’à présent, l’expérience n’avait été tentée que dans des petites communautés d’individus qui vivaient retranchées, suivant les préceptes de Proudhon.

Bien que l’Internationale Communiste existait avant la Commune, cet épisode a fait prendre conscience à Marx et à ses compagnons qu’il fallait défendre les intérêts de la classe ouvrière par l’insurrection mais aussi par la voie électorale. Cela a entraîné aussi une dérive idéologique car certains ont fait prédominer l’idée de battre le capitalisme uniquement par la voie électorale, ce qui a conduit à la création de la 2ème internationale en 1889. Tenant compte de cette nouvelle conception, la prise de pouvoirs des Bolchéviks en 1917 est en ce sens inédit, car elle allie insurrection et travail parlementaire.

1) 1917-1991 : L’URSS

Il s’agit de la plus longue expérience de socialisme dans un pays où elle n’était pas prévue initialement. La Russie de 1917 est un pays arriéré culturellement, économiquement et politiquement. C’était aussi un pays en guerre et l’entêtement du Tsar à poursuivre cette boucherie a créé des conditions exceptionnelles qui ont permis la révolution.

La première caractéristique de ce régime fut l’isolement. Lénine rêvait d’une révolution mondiale mais l’exemple soviétique ne s’est jamais étendu au reste de la planète. Partout dans le monde des sections puissantes de la 3ème internationale se sont créées, mais pas assez pour sortir l’URSS de l’isolement. En mauvaise posture, l’URSS fut la proie d’attaques incessantes de l’extérieur comme de l’intérieur. Il ne faut pas oublier que la jeune URSS a connu une véritable guerre civile. C’est cette situation qui a fait que l’URSS n’est jamais sorti du « communisme de guerre » quoique Lénine présentait que cela serait préjudiciable à la démocratie.

La seconde caractéristique de l’URSS sont ses gros défauts. A mon sens, il y en a 3 principalement : – Le manque de démocratie, – La sur-centralisation et étatisation du régime, une bureaucratie qui a créé une société d’assistés et de zombies, – L’économie, malgré un développement de l’économie à ses débuts, le pays était une vraie ruine en bout de course, nous n’avons pas su créer une situation économique qui aurait permis de répondre aux besoins primaires des soviétiques.

La dernière caractéristique de cette expérience, est la vitrine exceptionnelle que ce pays a été partout dans le monde. En effet, un pays du Tiers Monde qui en quelques temps : sort de l’analphabétisme, élève le niveau général de sa formation, crée le Spoutnik, envoie un homme dans l’espace, prend position contre le colonialisme, devient la 2ème puissance industrielle mondiale, donne un accès gratuit à l’éducation, la médecine, aux transports et à l’énergie à ses citoyens… L’URSS donnait espoir et fascination. Dans nos pays de l’ouest, il s’agissait d’un garde-fou incroyable pour obtenir des acquis et améliorer l’existence de la classe ouvrière.

Avec du recul, on peut penser que l’URSS fut en quelque sorte comparable au capitalisme dans le sens où « elle est morte de ces propres maux ». Le PCUS fut le grand fossoyeur. Depuis les années 80, il n’était qu’une organisation bureaucratique qui n’a jamais joué son rôle auprès de la population. Sinon le système n’aurait pas implosé de la sorte. La population n’a jamais été associée au projet. On n’a par exemple jamais mis en place une intervention des ouvriers dans la gestion de leur entreprise. En 1991, 6 mois avant l’implosion de l’URSS un référendum remporté par le oui à plus de 78% réitérait la volonté des soviétiques de poursuivre l’expérience. Pourtant personne n’a levé le petit doigt, l’heure venue.

L’URSS prétendait créer l’homme nouveau, pourtant elle a enfanté une horde de rapaces. Des anciens dirigeants communistes qui se sont empressés de brader le pays et de s’accaparer les richesses, une fois que le vent a tourné. Pas étonnant qu’il s’agisse du pays de l’est où le retour au capitalisme a été le plus rapide et le plus violent. Fort est de constater que 10 ans après l’effondrement, la population a chuté de 6,5 millions malgré un solde migratoire positif (et ne parlons du niveau de vie qui s’est considérablement dégradé…).

2) Les républiques démocratiques et la Yougoslavie.

J’ai choisi d’aborder globalement, ces pays bien que leurs retours d’expériences mériteraient que l’on s’attarde un par un à ces derniers. On peut leurs discerner une trame commune et à défaut de plus d’informations je les ai regroupés.

Après avoir été libérés par l’armée Rouge, ces pays ont suivi de près le modèle soviétique. Alors que dans les années 50, l’URSS se reconstruisait de la guerre, permettant une croissance économique soutenue, ces pays n’ont pas connu le même sort. Ils ont été beaucoup moins touchés par les destructions. De ce fait, leur croissance économique était en berne ce qui a conduit à des crises politiques, avec la formulation de critiques pour assouplir la lourdeur du centralisme étatique. Ces crises politiques plus ou moins fortes ont conduit à des vagues de réformes : dé-collectivisation des terres (presque totale en Pologne), réouverture d’un secteur privé encadré (Artisanat), association des ouvriers à la gestion de leur usine (création des comités d’ouvriers),…

Malgré ces mesures, il y a quand même eu effondrement. L’ouverture au privé a permis de recréer de l’exploitation. Les forces capitalistes voyant l’occasion d’ingérence trop belle, ces pays se sont lourdement endettés par des prêts consentis avec largesse par l’occident. Ce sur-endettement a conduit progressivement au retour dans le giron capitaliste. Ce glissement s’est opéré sans aucun soutien de l’URSS dont les dirigeants voyaient dans ces réformes une critique de leur modèle. Il est difficile de ne pas y voir de la vengeance gratuite quand on sait comme l’URSS a bradé la RDA par exemple.

Tous ces pays étaient plus ou moins réformés par rapport au modèle soviétique, les cas les plus distants étaient la Pologne et la Hongrie. Toutefois, il convient de traiter la Yougoslavie en aparté. Il s’agit effectivement d’un cas à part, au regard de son charismatique leader : Tito. Alors que la Yougoslavie et son expérience de manière autogérée est totalement passé sous silence dans nos manuels d’Histoire, il s’agit d’une véritable «3ème voie» pour le socialisme à l’époque. Alors que l’URSS connaissait ses premiers déboires avec les différents rapports et bilans, la Yougoslavie est réellement apparue comme un espoir. La manière dont on a voulu faire participer la population au système économique est fascinante. Il s’agit de première expérience réelle où les citoyens avaient la possibilité de révoquer leur élus (hormis la Commune qui l’a gravé dans le marbre mais n’a pas eu le temps de l’appliquer). Malheureusement, cette expérience ne tenait qu’à un homme providentiel. A la mort de Tito, les nationalismes ont explosé notamment en Croatie, ce qui a conduit au démembrement.

3) Depuis 1945, La Chine.

Il est difficile pour un communiste français d’analyser l’exemple chinois. Le manque d’informations combiné à la propagande étasunienne, conduit à avoir une certaine crainte ou plutôt à être perplexe tout simplement. Sous Mao, il y a eu « le grand bond en avant » puis « la révolution culturelle », mais à sa mort le PCC s’est lancé dans le « socialisme de marché ». La contraction du socialisme et de l’économie de marché, soit un terme sacrément contradictoire pour ne pas parler d’oxymore.

Tenant compte d’un pays arriéré économiquement, l’idée est de développer les forces productives, dans le cadre d’un secteur privé encadré, pour ensuite développer le socialisme sur l’abondance. Face aux conditions de traitement des ouvriers chinois, vous comprendrez aisément à quel point je puisse être dubitative. Pourtant lors de son dernier congrès, le PCC a réaffirmé sa volonté de poursuivre en ce sens. Du coup, lorsque ce n’est pas le PCC qui me laisse perplexe, c’est l’Occident. Peut on croire que les entreprises du CAC 40 laisseront filer une main d’œuvre si bon marché en laissant les chinois réaliser leur but?

Je ne crois pas que cela puisse se faire sans la neutralité de l’OTAN. Depuis 1989, la Chine subit de terribles assauts. Aujourd’hui, bien qu’ils soient idéologiques, il s’agite une propagande terrible qui fait de la Chine le grand méchant qui fait peur et qui va tout bouffer, alors que c’est la seule puissance économique qui ne fait pas la guerre depuis 50 ans (à nuancer avec la question du Tibet). Du coup, en 2008, on nous a apitoyé sur le sort des tibétains au moment des jeux olympiques. Il y a une guerre économique sans relâche des États-Unis pour ne pas perdre la suprématie économique et monétaire (techniquement, le Yuan devrait être l’étalon de référence à la place du dollar depuis au moins 2 ans).

Pour toutes, ces raisons il est difficile de donner un avis tranché sur le régime Chinois. D’une situation qui est actuellement loin d’être satisfaisante, il faudra peut être en fait surtout regarder le résultat.

4) Vietnam, Cuba, Amérique Latine…

C’est peut être un peu à la louche que ce regroupement a été effectué, notamment car j’ai essayé d’être synthétique. Il est vrai que l’éloignement géographique et temporel de ces expériences devrait donner lieu à un paragraphe par pays. Toutefois, ils ont beaucoup de points communs. Ce sont des Révolutions par les urnes ou par les armes qui trouvent naissance dans la lutte contre l’impérialisme, ce sont des luttes anticolonialistes. Elles se sont appuyées sur de fortes mobilisations nationales qui ont porté au pouvoir des leaders indigènes : Ho Chi Minh, Fidel, Hugo Chavez, Evo Morales,…

Finalement c’est peut être un peu du “socialisme par opposition”. Le capitalisme représentant le système économique des anciens colonisateurs, on choisit de mieux répartir les richesses nationales. Les colonisateurs maintenant volontairement les indigènes dans l’ignorance, on lutte contre l’analphabétisme et pour l’éducation pour tous. C’est surtout le sentiment du peuple de gommer tout ce qui a existé et ces ressentis sont galvanisés par des leaders aux convictions profondes.

Vietnam et Cuba ont lutté dans de véritables guerres d’indépendance, alors que les nouveaux pays socialiste du cône latin sont arrivés au pouvoir par la voie électorale. Toutefois, on peut aussi considérer qu’ils ont eu à faire une véritable guerre d’indépendance. Une colonisation plus insidieuse de la CIA qui s’est évertuée à déclencher des coups d’État à chaque fois. Ces pays forment désormais l’ALBA dont on attend beaucoup et s’orientent majoritairement vers le socialisme du 21ème siècle. Ces pays attendaient beaucoup de l’élection de Barack Obama, mais il faut croire que c’est toujours Bush qui gère la politique étrangère des Etats-Unis.

Pour s’attarder un peu plus sur Cuba, ne connaissant pas vraiment le Vietnam, c’est un pays dont l’extrême humilité m’a touché. L’île traverse la crise au même titre que nous, c’est un pays qui a connu d’énormes difficultés économiques avec la chute de l’URSS. Les Cubains savent que leur système est perfectible, ils sont en remise en question permanente, pour s’améliorer. Le congrès de cette année devra tout faire pour garder le cap de la Révolution et du Socialisme, défi qui ne m’inquiète guère. Le ton a été donné dans les travaux préparatoires de rectifier le tir, actualiser le modèle. Je crois que malgré les attaques incessantes des USA depuis 60 ans, l’autocritique est une des forces des Cubains pour résister.

C) LE SOCIALISME, AUJOURD’HUI.

Quelques PC européens militent encore pour le Socialisme. Bizarrement, on note que ce sont ceux qui font le meilleur résultat aux élections, comme le KKE en Grèce par exemple. La plupart ont renoncé au Socialisme après la chute du Mur et l’effondrement de l’URSS. Pour nous en France, c’est Robert Hue et la mutation qui marquent ce rejet. La chute des pays de l’est a eu un impact idéologique dévastateur sur les PC européens. Il est très dur aujourd’hui d’avancer et d’obtenir des acquis parce que l’on n’a plus de grande puissance qui colle la pression d’une potentielle révolution. C’est d’ailleurs pour cela que Sarkozy a actuellement des boulevards pour mettre en place sa politique ultra-libérale.

A mon sens, la France est le pays qui a subi le plus la propagande capitaliste post pays de l’est. Nous étions le pays capitaliste ayant frôlé de plus près le socialisme avec les grandes avancées mise en place par les Communistes (Sécu, Congés payés, grandes nationalisations des banques, de l’énergie, des transport et télécommunication,…). Nous avons connu le capitalisme monopolistique d’État qui est une phase qui a été théorisée par la suite comme un pré-socialisme. De ce fait, les français ont intégré que l’on vivait mieux lorsque certains secteurs étaient éloignés de la loi du Marché (cela est démontré par leur attachement aux services publics). Du fait de cette propagande, dans l’imaginaire des Français le mot Socialisme est rapport au parti socialiste. Il serait donc compliqué à ce jour d’utiliser le mot socialisme dans nos campagnes, dans l’immédiat, du fait de la dépolitisation. De plus, cette propagande s’est glissée jusqu’au sein même de notre organisation. Pour beaucoup de camarades, le socialisme est synonyme de Stalinisme. Cela va même beaucoup plus loin, par auto-phobie, il semblerait que les communistes s’interdisent tous projets sur le long terme. Nos programmes s’arrêtent à balancer tout azimut que l’on est pour l’alternative au capitalisme, pour une société solidaire, rien de bien concret en somme. On en arrive même à la “visée communiste”. Personne n’a été jusqu’ici en mesure de m’expliquer ce qu’était la visée communiste hormis un vague : « reculer le champ des possibles ». Les communistes ne savent donc pas vraiment où ils vont, donc comment entraîner les masses avec nous?

La constat est simple : tous ces concepts sont totalement inopérants et à bannir. Au regard de toutes les recherches faites sur le socialisme, on trouve d’autant plus dommage qu’il ait été abandonné. Il suffit de reprendre le dernier programme du PCF sur le socialisme à la française pour s’en apercevoir :

Coexistence entre un secteur socialisé des grands moyens de production et de financement, avec un secteur de propriétés privées dans les domaines de : l’industrie, l’artisanat et l’agriculture. Avec cela, édification d’un ordre nouveau s’appuyant sur l’existence d’un réseau de coopératives de production et de consommation de toute nature, de mutuelles, de mouvements solidaires et d’associations. Autant de contre-pouvoir qu’il serait nécessaire et indispensable de préserver et renforcer. La démocratie à tous les niveaux, l’intervention des travailleurs dans la gestion de leurs entreprises dans le privé comme dans le public. Le multipartisme, car ce n’est pas concevable dans la tradition politique française qu’un parti se confonde avec l’appareil d’État.

Cette définition divulgue des propositions qui restent modernes bien qu’elles aient plus de 20 ans. Elles mériteraient une actualisation car beaucoup de choses ont évolué depuis. On doit intégrer les questions de révolution informationnelle mais aussi de stratégies avec la mondialisation et la montée de l’union européenne, on ne joue plus au niveau national.

Bien sur, il existe encore des gens au PC qui parlent du socialisme. Les principales personnes qui ont à peu près le monopole du débat m’apparaissent comme un peu bloquées sur cette vieille définition. Ce n’est peut-être pas entièrement de leur faute car il n’y a plus de recherches sur ce thème. Finalement, leurs propositions sont un peu à mon sens comme si un militant UMP se revendiquait du gaullisme…

Une autre dimension à intégrer est celle de l’écologie. J’ai beaucoup réfléchi après la lecture du livre d’André Chassaigne, « Pour une terre commune ». Notamment un passage où il dit que la décroissance n’est pas une théorie si ridicule que ça. (L’objectif est d’abaisser la production à un niveau écologiquement soutenable pour la planète, soit environ les années 60-70). Bien que les militants de ce genre de partis ressemblent en général juste à des allumés qui mangent des salades Bio, ce n’est pas faux quand il dit que c’est aujourd’hui la seule alternative au productivisme. A juste titre, nous disons que l’on ne peut pas faire vraiment de l’écologie dans un système capitaliste, car il y a toujours des questions de rentabilité financière. Toutefois, on voit bien que l’URSS ou les pays socialistes actuels ne sont pas des exemples en terme de développement durable. L’URSS est même responsable de sacrés dégâts pétroliers en Sibérie. La lutte contre le productivisme doit donc être un nouveau paramètre de nos recherches.

Elles doivent aussi intégrer la question de la prise du pouvoir : Insurrection ou voie électorale? Je discutais dernièrement avec Yvon Le Quiniou qui m’expliquait qu’il y avait 2 types de réformisme. Le réformisme de fond dont l’objectif n’est pas de renverser le capitalisme mais de l’ajuster avec quelques mesures sociales. Le réformisme de moyen, dont le but est d’avancer graduellement vers le socialisme. Le PCF français a toujours participé au gouvernement quand c’était possible. C’est une de ses caractéristiques de faire avancer graduellement la cause. C’est quelque chose qui a été longtemps incompris par les autres PC. On a mal vu notre participation au Front populaire, il faut se rappeler qu’après la démission des communistes en 47-48, le PCF a du faire son autocritique devant l’ensemble des PC européens pour sa participation au gouvernement du CNR. Le PCF est aussi un parti extrêmement pacifique. Il aurait pu facilement prendre le pouvoir en 1945. C’était d’ailleurs, le premier parti électoral à cette époque. Les USA ont œuvré pour que Thorez ne soit jamais président du conseil. Malgré cela, le PCF n’a pas voulu prendre les armes pour rétablir une situation qui était légitime. Il a fallut attendre le 20ème congrès du PCUS pour que cette voie pacifiste soit reconnue.

Toutefois, cela n’a aucun sens de dire que le PCF est un parti historiquement réformiste qui doit se cantonner à la voie électorale. Non seulement, parce que à chaque fois que cela a été nécessaire les communistes ont pris les armes, mais surtout parce que les grandes victoires électorales ont souvent été couplées avec de féroces luttes ouvrières. Le PCF a conscience qu’il s’exécute dans une démocratie bourgeoise qui sert à dissimuler un système économique qui détient lui réellement le pouvoir. Il est une création de la 3ème internationale, sa victoire est donc conditionnée par le travail parlementaire et l’insurrection.

Ce qui interroge d’autant plus sur les résultats des dernières cantonales. Les scores en hausse du Front de Gauche ont plus été dopés plus par l’abstention que par le mouvement très suivi des retraites. On ne peut pas se placer en défenseur des opprimés parce qu’on le décide. Le Front de Gauche est une alliance d’un parti et de groupuscules. Le PCF est une organisation qui est pour la structuration au plus proche de la base. C’est la désorganisation des militants dans les entreprises du fait de la mutation qui fait qu’il n’y a pas eu une corrélation entre le mouvement des retraites et les élections cantonales. En effet, le socialisme exige une certaine idée de l’organisation.

Enfin, cela amène à la question avec qui on se bat? La validité du Front de Gauche interroge l’ensemble des militants. Les français ont montré avec les cantonales qu’ils étaient pour l’unité, en sanctionnant tous les candidats qui n’ont pas fait l’union de la gauche au second tour. Pourtant est ce vraiment l’unité du front de gauche qu’ils attendent? En tant que communistes et parti passé sous silence, on dit souvent que si l’on passait un peu dans les médias on aurait des scores bien supérieurs. Mais Mélenchon passe dans les médias, et les scores du front de gauche n’explosent pas. Il y a 53% des français qui souhaitent changer de système, nous sommes dans une période où l’on peut donner de l’écho à nos idées…

CONCLUSION

Nous vivons aujourd’hui non seulement une crise économique mais surtout une crise de civilisation. 90% de l’humanité s’accorde à l’idée de vouloir mieux ou bien vivre. Cette revendication doit donc trouver écho dans un programme de société différent et transcendant le capitalisme : le Socialisme. Ce projet de société peut être nommé autrement pour ne pas heurter les âmes sensibles. Quelque soit son nom il doit répondre à plusieurs caractéristiques. L’enjeu est de développer un nouveau système économique et politique. Avec la mondialisation, il faut se battre a minima au niveau européen. Il faut renforcer les liens entre les PC d’Europe; pourquoi ne pas songer à la création d’un parti communiste européen qui porte ce projet de société? Il faut reprendre les recherches sur le socialisme, regarder à quel niveau d’études en sont les partis communistes qui ont continué à porter le socialisme.

Concernant le système politique, il faut mettre en place la proportionnelle sur des élections avec un seul tour. Certains craignent que cela permette la représentativité du FN. Mais au contraire cela va gommer le vote utile et favoriser le vote idéologique (le vote FN est plus un vote de désespoir qu’idéologique). Il faut intégrer la question de révocabilité des élus.

Concernant le système économique, on peut mettre en place rapidement quelques mesures pour marcher vers le socialisme. Ces principes innovants qui pourraient aussi être des propositions pour la présidentielle sont à mon sens plus craints par les communistes eux-mêmes que par la population. Tout d’abord, marcher vers le socialisme implique de sortir de l’économie de marché. Il faudrait donc s’orienter vers une planification de l’économie qui fixe la production en fonction des besoins des individus. C’est assez facile de déterminer le niveau de production, notamment quand on a des spécialistes à l’UMP qui savent avec certitude combien de français nous serons dans 40 ans, alors qu’ils ne savent même pas évaluer le taux de croissance du trimestre en cours. Oui il faut dire que l’on veut détruire la bourse. La réalité c’est que nombre de français licenciés pour un taux de rentabilité des actions trop faibles ou un rachat LBO, se porteraient beaucoup mieux aujourd’hui si le CAC 40 n’existait pas.

La seconde mesure est que l’on ne peut pas écrire dans chaque tract que l’on est pour la répartition des richesses sans parler de la limitation des salaires. C’est un thème que l’on n’aborde plus de peur d’être renvoyé à l’égalitarisme donc à l’URSS et à Staline. Pourtant militer pour un salaire maximum et minimum c’est un préalable pour permettre la répartition des richesses.

Je crois qu’il existe beaucoup de pistes de réflexion sur le socialisme qui méritent d’être à nouveau étudiées. Mais à mon humble avis, la phrase qui exprime le mieux l’état d’esprit dans lequel nous devons mener ces recherches est extraite du dernier discours de Fidel Castro à la Havane, devant les étudiants à l’université :

Une conclusion que j’ai tiré au bout de toutes ces années, de toutes les erreurs que nous avons commises. La plus importante fut de croire que quelqu’un connaissait le socialisme ou que quelqu’un savait comment le socialisme se construit… L’édification de la nouvelle société dans le domaine économique est à mon humble opinion, un trajet vers l’inconnu.